Voici le récit des quelques jours passés à Shanghai en juillet 2010 où j'ai eu le plaisir de participer au « Grand Festival International de Wushu de Shanghai » et d'y remporter trois 1er prix en Mulan Quan (Mains nues, éventail, épée), grâce au travail de ma professeur Mme Wang Xian Qin.
J'ai également pu rencontrer Mme Ying Mei Feng, la créatrice de ce style et Mr Li kan, directeur de la célèbre école de Mulan Quan « Da Shi Jie » d'où sont issus les enchaînements à l'éventail transmis en France par Mme Ke Wen, ma première professeur.
Pour sa dixième édition le « Grand Festival International de Wushu de Shanghai » a réunit du 10 au 15 juillet 2010 des équipes du monde entier. Cinq cents pratiquants de Wushu et de Tai-Chi s'y étaient donnés rendez-vous dans une ambiance amicale et concentrée. Accompagnée de Madame Wang Xian Qin, ma professeur et de Anne Lasserre, une amie pratiquante, j'étais la seule représentante française à participer.

Cette manifestation s'est déroulée à Songjiang, une banlieue de Shanghai avec ses immenses avenues, ses forêts d'immeubles d'habitations de plus de 20 étages et son petit, mais magnifique, quartier historique où les pagodes rivalisent de beauté avec les maisons traditionnelles et les statues des parcs. Un endroit paisible et typique au bout de la ligne 9 du métro de Shanghai.
Tous les participants étrangers étaient logés au QING QING HOTEL. Nous y sommes arrivés le 10 juillet pour l'inscription définitive au concours.
Après
les longues formalités d'inscription et la remise de petits
coupons carbonés justifiant du paiement du concours, des repas et
des chambres, nous fûmes libérés. J'avais
hâte de pouvoir m'entraîner et recevoir les
dernières corrections de ma professeur. Derrière
l'hôtel, une grande étendue d'herbe bordée d'arbres,
appelait la pratique.

Le lendemain, j'eu le plaisir de revoir Madame Ma Mei Feng, la professeur de Madame Wang Xian Qin, avec qui j'avais déjà travaillé en juillet 2008, lors de ma première venue à Shanghai. Elle faisait parti du jury et s'inquiétait que je n'ai pas les bons repères musicaux car certaines normes avaient récemment changées. En effet, en Mulan Quan les enchaînements s'effectuent avec des musiques précises sur lesquelles les mouvements se calent à des moments spécifiques.
Le
soir de ce même jour eu lieu le dîner d'inauguration du
festival dans une des grandes salles de réception de
l'hôtel. Il était présidé par plusieurs
responsables dont le président de l'association Chinoise de
Wushu Mr Gao XiaoJun et Monsieur Yu Dinghai, directeur de la section
Wushu de l'université des sports de Shanghai. Ce dernier est
bien connu en France car en tant qu'expert de
« l'association chinoise de Qi Gong de
santé » il est venu à de nombreuses occasions
animer des stages autour des méthodes officielles de Qi Gong.

Après la diffusion d'un film retraçant l'historique du festival et quelques discours, le repas se déroula en toute convivialité dans une très bonne ambiance, notamment grâce à une équipe d'Amérique du Sud qui devait apprécier tout particulièrement le vin chinois. Malgré cette bonne humeur la soirée se clôtura assez tôt, comme souvent en Chine, car le lendemain les choses sérieuses commençaient.
J'eu
la chance le lendemain matin de pouvoir m'entraîner avec une
équipe de Mulan Quan dirigée par Mr Liu Fa Yong et de constater sa
virulence devant le manque de synchronisme des jeunes femmes. J'ai pu
aussi à cette occasion d'observer Mme Zhou Xian Mioa
(voir histoire du Mulan Quan) corriger une de ses élèves
à l'éventail.

La compétition se déroulait dans le grand gymnase de
l'université des sciences et des technologies de Shanghai.
L'après midi du 12 juillet était consacrée au Mulan
Quan.
Shanghai est le berceau de cette discipline et la majorité des
écoles et des pratiquantes chinoises s'y regroupent. Cet
après midi là, le public était donc
constitué de connaisseuses et des familles des
participants.
Après le départ du jury de Wushu présidé
par Mr Yu Dinghai, le jury des épreuves de Mulan Quan fit son
entrée. Ils défilèrent parfaitement alignés
autour de l'immense et épais tapis bleu, sur lequel se
déroule la compétition, puis ils vinrent se ranger devant
leur table, au garde à vous, avant de s'y assoir.
J'avais
rencontré la plupart des participantes la veille et le matin
même lors de l'entraînement collectif et je fus
émerveillée de les retrouver maquillées et
parées de leurs tenues de compétition. Le Mulan Quan est
vraiment une pratique tourné vers le spectacle.
Dans cette discipline, beaucoup de mouvements s'effectuent en glissant,
ce qui n'est pas facile sur un tapis. C'est pourquoi, avant que les
épreuves ne commencent, tous les participants investirent le
terrain pour s'y acclimater.

Ce fut un moment qui restera toujours gravé dans ma mémoire; toutes ces épées avec leurs pompons virevoltants, tous ces éventails multicolores, toutes ces femmes magnifiques dans leurs tenues chamarrées, chacune exécutant un bout d'enchaînement seule ou en équipe, et d'un coup l'immense tapis sembla plus petit. Tout cet ensemble formait un joyeux désordre étrangement harmonieux. Après ce petit tour de chauffe, le grand tapis se vida en quelques secondes et la compétition pu commencer.
La
première session de passage fut consacrée aux passages en
équipe. Pour les compétitions de Mulan Quan, que ce soit
en équipe ou seul les enchaînements exécutés
sont toujours les trois de base; le 28 mouvements à mains nues,
le 38 mouvements à l'éventail et le 48 mouvements
à l'épée.
Une dizaine de groupes composés de 5 à 8 pratiquantes
présentèrent un ou plusieurs enchaînements de base.
Toutes les équipes n'étaient pas constituées
uniquement de femmes et d'ailleurs celle qui remporta le 1er prix de
cette épreuve fut une équipe de sept jeunes de 10
à 13 ans, 4 filles et 3 garçons parfaitement
synchronisés.

La session suivante me concernait, les passages en individuels. Les épreuves commencèrent par l'enchaînement à mains nues. Nous étions quatre à nous partager l'espace et il était éliminatoire de mordre sur la ligne ou de sortir du rectangle noir. Nous passions par catégorie d'âge et à 39 ans je faisais parti des jeunes adultes dans la classification du Mulan Quan, 4 ans de moins et j'étais une vieille adolescente. La musique commença et il n'y avait aucune appréhension en moi simplement le plaisir d'être là.
A la fin de l'enchaînement, je vins me placer avec les autres concurrentes, le long du tapis. Nous restâmes là jusqu'à la fin du passage du second groupe, c'est alors que le jury nous donna son verdict. J'obtins la note de 8,95/10 pour ce passage. Lorsque je pu rejoindre Mme Wang, ravie, elle m'apprit que j'étais la première de mon groupe.
Enchainement à mains nues - 28 mouvements réglementaires
Je suis en bleu et blanc au premier rang.

Beaucoup de participantes vinrent me voir pour me féliciter
et je lisais aussi dans leurs yeux la fierté de se rendre compte
que leur sport si typique se pratiquait aussi au bout du monde. Nous
n'étions que 3 étrangères à concourir en
Mulan Quan; une jeune femme chinoise pour l'Italie, une dame japonaise
et moi. Certaines me firent même des bises spontanément,
ce qui est assez rare en Chine. Durant toute la journée, avec
Madame Wang, nous reçûmes beaucoup de marques de sympathie
et de flashs dans les yeux. Je recevais toute cette reconnaissance avec
joie après plusieurs années d'entraînement
solitaire.
Madame Wang quant à elle, gardait la tête froide et
veillait à ce que je ne manque pas le moment de mon passage
à l'éventail, elle me fit rester assise au bord du tapis
pendant presque toute la compétition. Ce moment arriva vite et
comme la première fois je pris un grand plaisir à
dérouler devant le jury, l'enchaînement tant de fois
répété et d'entendre mon éventail claquer
avec ceux des autres concurrentes. Pour ce passage j'obtins la note de
8,85/10 . La joie de Mme Wang faisait plaisir à voir.
Enchaînement à l'éventail - 38 mouvements réglementaires.
Je suis en bleu et blanc au premier rang.

Après les passages à l'éventail ce fut ceux
à l'épée. Il était intéressant de
voir la différence entre les écoles et dans leur choix de
privilégier la danse ou l'intention martiale, cela se constatait
plus facilement avec l'épée. De l'alchimie de ces deux
tendances est né ce style unique qu'est le Mulan Quan, et chaque
participante ce jour là avait la bonne formule.
La
3ème sessions était la plus attendue; les parcours
libres. En assistant uniquement aux deux sessions
précédentes, on aurait pu croire que ce style se
résumait à trois enchaînements d'un peu plus de
3min alors qu'il existe plus d'une dizaine d'accessoires et de
très nombreux enchaînements émanant des
différentes écoles. Pour ce passage chaque concurrente
pouvait choisir dans ce large panel un enchaînement de plus de
4min, qu'elle pouvait effectuer sur une musique libre.
D'entendre de nouveaux morceaux était très
agréable car même si on peut finir par avoir de
l'affection pour les musiques des enchaînements de base, les
entendre comme ce jour là, en boucle, plus de quatre heures
d'affilé, c'est trop!
Plusieurs participantes, dont un homme, présentèrent
l'enchaînement à un éventail enseigné par
Mme Ke Wen. Je connaissais très bien cette forme et il
était très intéressant de voir que chacune,
surtout à leur niveau, avaient développé leur
style à partir de la même base de mouvements.
J'ai présenté en parcours libre un enchaînement
à l'épée à longue frange, de l'école
de «Da Shi Jie », intitulé « Allure
héroïque de Mulan ». Même si j'avais
beaucoup travaillé cet enchaînement à
l'épée; je le connaissais depuis moins longtemps que les
autres, je n'ai pas été techniquement satisfaite de mon
passage. L'épée appelle une précision et une
pureté du geste que je n'ai pas réussit à
restituer à l'instant demandé.
Enchaînement à l'épée longues franges - "Allure héroique de Mulan"

C'était la fin de la journée; j'étais
dans les dernières à passer et j'eu tout juste le temps
d'aller avec Madame Wang, saluer Mademoiselle Li, assistantes du
professeur Ma mei Feng, avec qui j'avais beaucoup pratiqué lors
de ma première venue à Shanghai en 2008.
Mademoiselle Li, habituée des concours de Mulan Quan où
elle remporta plusieurs prix, avait eu la gentillesse de venir me
soutenir pour cette compétition. Nous discutions depuis à
peine quelques minutes que déjà une des organisatrices du
festival vint nous chercher pour la remise des prix.
A partir de là tout se passa très vite, j'étais
encore en tenue avec mon sac sur le dos quand on me remis mes deux
premiers prix, pour les enchaînements règlementaires
à mains nues et à l'éventail. Tout le monde
était très excité tout à coup, les juges se
déridaient, les équipes se congratulaient, des
éclats de rires fusaient de tous les côtés.
Beaucoup de participantes avec qui j'avais sympathisé revenaient
pour me serrer la main, m'embrasser ou me taper sur l'épaule.
On
me poussa jusqu'au podium, mon amie Anne eu juste le temps de me
retirer le sac que je portais sur le dos et mes prix en main, on me
fit grimper sur la première marche, tout ça dans une
joyeuse euphorie. Moi qui pensais qu'en Chine toutes les occasions
étaient bonnes pour faire des cérémonies
solennelles, Je fus ravie de constater qu'un joyeux désordre
faisait tout aussi bien l'affaire pour cette remise de prix.
Du haut du podium, je vis une membre du jury arriver en courant vers
Madame Wang et lui remettre un nouveau diplôme, cette
dernière me le tendit en me disant « 1er prix -
épée », je le pris en souriant, je
n'étais pas dupe. Madame Wang et Anne eurent à peine le
temps de faire quelques photos de ma bonne gloire, qu'une organisatrice
venait déjà tirer Madame Wang par la manche pour nous
signaler que le mini bus nous attendait pour nous ramener à
l'hôtel.
Je n'ai pas compris tout de suite que toute cette
précipitation annonçait un départ définitif
et je n'ai pas pris correctement le temps de dire au revoir à
toutes ces femmes qui me témoignèrent tant d'enthousiasme
et de camaraderie.
Une fois dans le bus, je tenais mes 3 premiers prix avec mon
prénom calligraphié au feutre pinceau, en lettres latines
hésitantes. En regardant par la vitre défiler les rues et
les bâtiments de Songjiang, je laissais retomber l'agitation de
ces derniers instants en pensant que bientôt peut-être une
équipe de Mulan Quan viendrait représenter la France dans
une future compétition.
Rencontre avec Mme YING MEI FENG
Je n'en avais pas encore fini de mon voyage à
thème. Deux jours plus tard, le matin très tôt,
Anne et moi assistions à un cours de Madame Ying Mei Feng, la
créatrice du Mulan Quan.
Madame Wang Xian Qin lorsqu'elle est en Chine est l'une de ses
élèves les plus assidue. Dans ses cours, sont
principalement travaillés les 6 séries de 60 à 80
mouvements que Mme Ying Mei Feng a créés et dont sont
issus les enchaînements règlementaires.
Madame Ying Mei Feng continue toujours d'initier de nouveaux
enchaînements car lors de ce cours, elle faisait réviser
sa dernière composition; une forme à l'éventail
« à longue soierie ». C'était
un plaisir de voir le bonheur de Madame Wang pratiquant avec ses
consœurs.
Lorsque
toutes les élèves exécutèrent
l'enchaînement règlementaire à mains nues, elles me
firent une place et je vins pratiquer au milieu du groupe. A la fin de
cet exercice, trois d'entre elles, indépendamment, me
demandèrent d'un air convaincue si j'avais pratiqué le
« Wushu » ou le « Kung
Fu ». Les élèves de Mme Ying Mei Feng
relevaient ce détail, presque à regret. Il faut dire que
le style de cette dernière est extrêmement harmonieux,
fluide et doux.
Pendant que son assistante continuait la séance, Mme Ying Mei Feng vînt
s'entretenir avec Madame Wang. Les deux femmes se connaissaient
très bien depuis plusieurs années. Elle nous invita
à passer à son bureau dans la journée.
Lorsque l'on arrive à la « Shanghai MulanQuan Society » on est accueilli par une très belle peinture de Madame Ying Mei Feng en posture de Mulan Quan dans l'entrée et l'on en retrouve une autre de la même facture face au canapé dans le bureau. Madame Ying Mei Feng, très décontractée, assise en tailleur sur sa chaise, nous accueillit dans son bureau en nous offrant des glaces aux haricots rouges. Elle s'est entretenue longuement avec Madame Wang au sujet d'une autre école et de l'invitation qu'elle nous faisait de participer à un grand concours de Mulan Quan en Septembre à Shanghai. Malheureusement nous lui avons fait comprendre que pour Madame Wang et moi, septembre était le mois de la reprise des cours et qu'il nous serait impossible d'y être présentes, si l'on voulait promouvoir le Mulan Quan à Paris (voir cours de Mulan Quan).

Elle m'invita ensuite à lui montrer l'enchaînement
règlementaire à mains nues pour me corriger, mais au
moment où la musique démarra, elle ne lui convenait pas.
Elle avait changé récemment de morceau pour ce passage et
nous invitait à la regarder pratiquer sur sa nouvelle
musique. Trop contente, je n'en perdis pas une miette, ce fut ma seule
correction. Ses mouvements se fondaient les uns dans les autres et la
fluidité était son principal message.
Nous discutâmes encore un peu avec elle et ses assistantes et
après avoir fait quelques achats (DVD, éventails, etc...), elles nous
raccompagnèrent chaleureusement jusqu'à l'ascenseur
et Madame Ying Mei Feng nous salua en nous redonnant rendez-vous
en septembre.
Rencontre avec Mr Li Kan Directeur de l'école "Da Shi Jie"
Outre Madame Ying Mei Feng, la femme qui donna vie
et formes au Mulan Quan, j'eu aussi la chance, grâce à
Madame Wang, de rencontrer durant ce voyage Monsieur Li Kan, le
directeur d'une école très célèbres de
Shanghai: Da Shi Jie « Le grand Monde ». C'est de
cette école que sont issus les deux enchaînements
à l'éventail enseignés en France par Madame Ke Wen
qui fut l'élève d'une des fondatrices de l'école
Mme Zhou Xiang Mia.
Nous avions rendez-vous au bureau de l'école. Après avoir
discuté de son école, de l'évolution du Mulan Quan
en France et des possibilités d'échanges dans l'avenir,
il nous invita au restaurant.
Deux des professeurs de l'école étaient également
conviés à ce déjeuner, Madame Shi Wenya et Madame
Lu Xuejuan, ce sont elles qui figurent principalement sur les DVD
pédagogiques de l'école de Mulan Quan « Da Shi
Jie ».
Durant
le repas Monsieur Li Kan expliqua à Madame Wang que les
fondateurs de l'école de « Da Shi Jie »
étaient Mr Liu Fa Yong et Mme Zhou Xiang Mia. Cette
dernière a été comme Madame Ying Mei Feng,
une élève de Madame Yang wendi, dernière
héritière du Hua Jia Quan, un style qui mélangeait
depuis des siècles danse traditionnelle chinoise et arts
martiaux (voir Histoire du Mulan Quan). Quant à Mr Liu Fa Yong, il a
écrit les livres pédagogiques des enchaînements
pratiqués dans cette école.
Après le déjeuner je pus bénéficier d'un
cours particulier de 3 heures avec les deux professeurs
présentes. En raison de la pluie qui tombait sur Shanghai ce
jour là, nous nous retranchâmes sur une large passerelle
dans la station de métro de « La place du
Peuple », devant une baie vitrée qui donnait sur le
jardin.
A la fin de la journée nous étions tous un peu
fatigué mais très heureux d'avoir partagé ce
moment de travail intense dans ce lieu insolite. Nous nous
saluâmes en espérant nous revoir bientôt.

Durant ce séjours des liens se sont tissés qui me
permettront, je l'espère, de retourner travailler à
Shanghai avec des experts de cet art. Je remercie tout
particulièrement Madame Wang Xian Qin de s'être
occupée de mon entraînement pour cette compétition,
de l'organisation de ce voyage et des rencontres qu'elle m'a permis de
faire. Grâce à elle, sa générosité et
son éternelle joie de vivre, de nouvelles passerelles se sont
créées entre la France et la Chine.
J'espère suivre son exemple et pouvoir d'ici quelques
années accompagner des groupes de pratiquantes pour aller
pratiquer le Mulan Quan à la source.

