On ne sait pas grand chose de Mulan (magnolia), même son nom de famille est incertain ; dans les annales de la dynastie Ming, elle se nomme Zhu, dans celles des Qing, c’est Wei, et vous la rencontrerez le plus souvent dans des œuvres littéraires sous le nom de Hua Mulan (fleur).
Réel ou pas, son personnage de
femme-soldat, abandonnant son métier à tisser pour aller
prendre la place de son père à la guerre, trouva une
résonance artistique et idéologique dans l’esprit
du peuple chinois. Sa morale confucéenne, mettant en avant la
piété filiale et la fidélité à sa
patrie, ainsi que des éléments signifiants de la
Pensée Taoïste (ex : L’inaction, dont Mulan fait
preuve en refusant le haut poste de dignitaire qui lui était
offert à son retour victorieux après 12 ans de combats,
pour s’en retourner auprès de sa famille.), ont
inspiré plusieurs générations de femmes chinoises
jusqu’à aujourd’hui. On peut aussi simplement
imaginer, loin des références culturelles et
philosophiques, que dans une société où la femme
n’est pas reconnue à sa juste valeur, les exploits et les
récompenses de Mulan fassent rêver.
Cette
figure est l’équilibre parfait entre le Yin et le Yang,
entre l’adaptabilité et la volonté, entre la
finesse mentale, que l’on imagine indispensable à une
femme commandant des hommes et se faisant passer pour l’un
d’entre eux, et la force physique, nécessaires aux combats
que Mulan a dû mener pour revenir
«Général» de la guerre. Sa main devait
être aussi agile à
manier l’aiguille que le fil d’une épée.
C’est cette universalité fonctionnelle qui fait
écho aux souhaits d’égalité des sexes et un
fort accent romanesque qui a fait de l’histoire de Mulan un
classique traversant les âges et les frontières. Chez
nous, Jeanne d’Arc, personnage plus historique mais de loin sa
cadette, prend aussi les armes de façon victorieuse, par amour
pour son pays et par piété filiale, ici le père
étant le père suprême : Dieu. Cet archétype
parle de courage et d’intelligence, d’abnégation et
de reconnaissance.
Le poème antique, première œuvre à exalter la vie de Mulan et qui fut la source de tous les romans et de toutes les pièces de théâtre qui suivirent, fait partie des « chants populaires Yuefu » de la dynastie Wei (386-534). Depuis la dynastie des Han (2s. av. notre ère) jusqu’à l’époque des Tang (618-907), chaque dynastie possédait une institution officielle du nom de Yuefu, chargée d’envoyer régulièrement des lettrés parmi le peuple pour en récolter ses chants. Les Wei étaient issus de la fusion des Han et de minorités barbares du nord, ce qui explique que l’empereur se fasse appeler en début de poème : « Grand Khan ». Comme tous ces dirigeants d’origines étrangères mais profondément sinisés, il se considérait comme l’héritier des empereurs Han et de leurs prédécesseurs des « Royaumes Combattants », puisqu’il est qualifié plus loin dans le texte du titre de « Fils du ciel », appellation donnée aux empereurs chinois.
A
leur tour ces barbares devenus empereurs durent se protéger des
invasions étrangères venues du nord. Mulan
remplaça sûrement son père pour une campagne de ce
type. L’itinéraire qu’elle emprunta allant du fleuve
jaune puis traversant le mont Yan, passe par une chaîne de
montagnes située immédiatement au nord du Pékin
actuel et qui barre l’accès à la plaine centrale
depuis la Mandchourie, c’est une ligne très
stratégique. La jeune fille se bat à l’emplacement
d’une des principales routes empruntées par les
envahisseurs et dont le contrôle fut décisif durant toute
l’histoire chinoise. Il est donc très difficile de dater
précisément l’époque où vivait cette
héroïne.
Pourtant une indication plus importante sur le personnage que les dates de ces victoires, est donnée en fin de texte ; à son retour au foyer familial, on devine le plaisir que Mulan prend à se coiffer et se vêtir de nouveau comme une femme, avant de paraître devant ses compagnons d’armes. On comprend par cette situation que Mulan n’est pas un « garçon manqué », et que seule sa conception du devoir l’a pour un temps éloignée des plaisirs féminins de soigner son image et de plaire. Elle n’était pas devenue différente aux combats et la guerre ne l’avait pas changée, elle avait simplement mis de côté la délicatesse et la sensualité pour se concentrer sur la vaillance et la détermination, tout en restant la même. Mulan est une femme, à qui l’élégante fleur tressée dans les cheveux n’enlève rien à ses faits d’armes, une femme à qui sourit la grâce et la vigueur.




